L’éducation canine, et plus spécifiquement l’éduc…
L’éducation canine, et plus spécifiquement l’éducation positive, va réclamer à l’humain un certain nombre de qualités et de compétences. Que vous éduquiez juste votre chien, qui vit avec vous, ou que vous soyez moniteur en club canin, éducateur professionnel ou que vous ayez l’ambition de le devenir, peu importe : il faut développer ces qualités pour que les moments éducatifs se passent au mieux.

Alors bien-sûr, comme personne n’est parfait, vous aurez des failles, des choses qui seront moins évidentes pour vous… C’est tout à fait normal mais à travers une bonne connaissance de vous-même, vous pourrez essayer d’entretenir, d’améliorer, de soutenir ces petites qualités un peu plus difficiles d'accès.



Voici une liste non-exhaustive de ce que nous devrions avoir :
Compréhension du chien
Observation
Curiosité
Maîtrise de la technique
Précision
Patience
Calme
Sang-froid
Cohérence
Motivation
Bienveillance
Savoir s’adapter
Apte à la remise en question
Imagination
Je suppose qu’il est assez évident que nous devons avoir une bonne compréhension du chien, mais prenons un exemple, pas si simple que ça. Lors de la journée, de manière très classique, le chien a des pics d’activité et des moments de fatigue. Si nous désirons lui apprendre quelque chose, on ne va pas débuter au moment où il est en train de s’endormir, bien entendu. Mais lors des séances, le chien va fatiguer. Il va même fatiguer très vite. Si on enchaine les exercices, il va perdre en concentration et ça va être de plus en plus compliqué alors que nous avons commencé il y a seulement quelques petites minutes. C’était tout juste il y a un instant. Apprendre à repérer la fatigue, c’est une donnée essentielle pour placer les pauses et profiter des moments où le chien est vraiment apte à apprendre. Ça ce n’est qu’un tout petit détail parmi tout ce que nous allons devoir apprendre pour pouvoir éduquer.

Alors bien-sûr, même si on apprend, sur le papier, que le chien va fatiguer, si on n’est pas capable de l’observer, ça ne nous servira à rien. La manière dont le chien déplace le poids de son corps, les petites crispations, les signaux de communication, la manière dont il aborde les autres, … Nous nous devons d’être de bons observateurs que ce soit au quotidien ou lors des séances d’éducation. Nous ne pourrons jamais faire un apprentissage efficace si on ne parvient pas à voir tout un tas de petits détails.

Mais au-delà de l’observation, crue, du chien à un moment T, il faudrait que nous soyons curieux, curieux envers ce chien. Qui est-il ? Qu’a-t-il vécu ? Qu’aime-t-il ? Qu’est-ce qu’il a fait aujourd’hui ou cette semaine ? Est-ce qu’il est en bonne santé ? Comment ce duo humain-chien fonctionne ? C’est quoi qui les relie ? … On ne peut pas avoir les réponses si on ne pose pas les questions. Parfois, il faut creuser un peu et c’est aussi valable pour un bénévole ou un pro ou un ami qui souhaite aider quelqu’un que pour soi-même. Ce n’est pas parce que l’on vit avec un chien qu’on a forcément tout en tête et parfois se demander : mais qu’est-ce qu’il fait mon chien, quand il reste seul ? C’est une question pertinente pour pouvoir l’éduquer. Je vous propose un exemple tout bête, imaginons que lorsqu’il reste seul, le chien reste derrière la porte à trembler comme une feuille à cause du stress. Quand on rentre, il est content puis il va se coucher. Si on essaie de faire de l’éducation, ça ne marche pas. Pourquoi ? Il est littéralement épuisé. Il ne s’est pas reposé les X heures d’absence, tout son corps était tendu et dans sa tête, c’était l’horreur. On ne peut pas lui demander d’être alerte, concentré, réfléchi, calme, posé, … On ne peut pas espérer qu’il donne le meilleur de lui-même. Mais pour comprendre cette situation, il fallait être curieux.

Le point suivant c’est la maîtrise de la technique, c’est un truc important. Il ne s’agit pas de regarder un tutoriel et de faire pareil. Il ne s’agit pas de regarder un pro et de l’imiter. Il faut comprendre ce que l’on fait, il faut comprendre pourquoi on fait ça comme ceci et pas comme cela. Avec cette compréhension, on est plus précis, plus clair, beaucoup plus patient aussi et en cas de pépin, cette base de compréhension nous permettra de rebondir. Pour ma part, je vous conseillerais d’apprendre à maîtriser qu’une seule et unique famille de méthodes. Rassurez-vous, si vous voulez faire ça bien, vous en avez pour des années afin de comprendre et de maîtriser le renforcement positif et la punition négative qui se retrouvent dans l’éducation positive… Ce type d’éducation se décompose en de multiples sous-familles comme le shaping, le leurre (et plus précisément la cible), la capture, le mimétisme entre chiens ou entre humain et chien, … Chacune de ces sous-familles pouvant elles aussi se décomposer en de multiples méthodes. Cette maîtrise de la technique c’est une espèce d’horizon que l’on ne peut que poursuivre sans jamais l’atteindre pleinement, mais on peut progresser. On peut devenir extrêmement bon et acquérir une technicité exceptionnelle.

Une fois que l’on maîtrise, plus ou moins bien, une technique pour la mettre en place, il faudra souvent de la précision. Par exemple, ce que je préfère en éducation c’est la capture. Il s’agit de voir un truc qui nous plait et de le prendre en le récompensant. La capture est une technique qui demande donc une bonne précision. En fonction de la précision, nous pourrons prendre des comportements plus ou moins fins.

Cette méthode n’est pas la chouchoute de grand monde car elle a ses failles et ses difficultés mais en plus elle demande énormément de patience. Mais la patience, c’est une qualité dont vous allez avoir besoin à un moment ou un autre que ce soit pour développer vos propres compétences, pour développer les compétences d’un chien, pour observer une situation, … Certaines personnes ont énormément de mal à éduquer les chiens qui tâtonnent, qui réfléchissent avant d’agir, qui hésitent, qui vérifient, qui manquent de concentration, … Ces situations peuvent être extrêmement frustrantes et ce sont autant de situations qui demandent de la patience.

Pour ces loulous peu sûrs d’eux, distraits, réfléchis, il faudra rester calme. Au plus l’humain s’excitera, montera en pression, se fera vif, au plus le chien pourrait se mettre en échec. Mais avec d’autres chiens, l’excitation de l’humain, l’absence de calme, n’est pas si ennuyant. Effectivement ! Pourtant, vous aurez toujours besoin d’être calme à un moment où un autre. Le loulou joueur, vif, dynamique, foufou qui écoute super bien d’ailleurs et avec qui vous pouvez vous permettre de ne pas trop prendre le temps de réfléchir, ce sera lui qui va vous déborder soudain et avec qui il faudra savoir redevenir très calme, très vite. Certains apprentissages comme le fait de lâcher un jouet, de rester calme, de rester couché, d’attendre sans bouger, … ne pourront pas se faire éternellement dans l’excitation.

Plus que du calme, vous allez avoir besoin de sang-froid. La situation peut très mal tourner en quelques secondes. Le chien est monté en pression, 1, 2, 3, trop tard, il attrape votre manche et tire de toutes ses forces, il risque de vous faire tomber, que faire ? 1, 2, 3… trop tard, si vous n’avez pas déjà pris une décision, vous pouvez être réellement en danger. Là, maintenant, tout de suite. Crier, s’énerver, paniquer, ça peut vous mettre en danger. Il aurait fallu grâce à vos compétences : « compréhension du chien » et « observation » intervenir avant, mais c’est trop tard. Alors qu’est-ce qu’on fait ? Il faudra au moment T arriver à vous adapter en fonction du chien et de votre environnement. Il n’y a pas de bonnes réponses universelles. Vous croyez savoir ce qu’il faut faire ? Vous vous trompez malheureusement. On ne sait jamais. Et un jour ou l’autre, un chien va vous déborder, peut-être qu’il va juste se mettre à courir dans tout les sens, peut-être qu’il essaiera de voler le jouet dans vos mains, peut-être qu’il fera une réactivité ou peut-être qu’il vous mordra ne serait-ce que pour décharger ses émotions ! Vous n’avez pas besoin d’être violent physiquement avec le chien pour le mettre, involontairement (ou pas), dans une telle situation. Et c’est pour ça, qu’il faut avoir au moins un peu de sang-froid.

Pour repartir sur un sujet plus sympathique, le point suivant c’est la cohérence. Certains parlent de fermeté et personnellement, ce n’est pas un terme que j’emploierai ou que j’apprécie. La fermeté peut laisser entendre que si vous prenez une décision, vous n’en changerez pas : il faut être ferme. Seulement, votre décision est peut-être mauvaise, être ferme pour être ferme, ça n’a pas de sens. La fermeté c’est également quelque chose d’unilatéral, l’un des deux est ferme, l’autre subit. J’y préfère le terme de cohérence parce qu’il est totalement incohérent de rester sur ses positions et de maintenir une décision si les conditions ont changé. Prenons un exemple : mon chien est gros, je décide de le mettre au régime. C’est cohérent. Le jour où mon chien est au poids de forme, il faut que je pense à changer ses doses : il ne doit plus continuer de maigrir. Le jour où mon chien est maigre, il faut vraiment que je change ses doses (ou son alimentation). Changer est parfois la chose la plus cohérente à faire que ce soit en terme d’alimentations, de choix d’équipements ou d’éducation (et là on parle autant de grands types de méthodes ou de détails au sein d’une méthode). Mais le plus souvent, si on parle de cohérence, c’est justement pour éviter que les gens changent des choses. Si le lundi, le chien ne doit pas monter sur le canapé. Le mardi, il ne doit toujours pas. Soyons cohérent. Effectivement, la cohérence doit s’appliquer à tous les niveaux : les demandes, les habitudes, les règles de politesse, tout ça doit être cohérent. Nous devons être logique. Ce qui implique autant de rester sur ses positions parfois que de changer de position, d’avis, de manière de faire ou d’exigences. Quant à la fermeté, autant l’oublier, elle ne vous aidera pas.

Du coup, faites attention avec cette notion de cohérence et de logique, à l'oublier un peu trop vite, vous pourriez bien vous mettre dans une situation qui n’a plus ni queue, ni tête.

Parmi les mots que je n’ai pas noté, il y a également la notion d’autorité, c’est parce que le modèle que je défend est un modèle coopératif. Pourquoi jouer contre le chien alors que nous pourrions jouer avec lui ? Je pourrais choisir d’affronter les chiens, en étant autoritaire et ferme ; je parviendrais à m’imposer, mais tout ça va me demander une énergie que je n’ai pas. C’est fatigant, usant, dangereux, … et si c’est relativement efficace, il y a mieux à faire. Je préfèrerai toujours la coopération, mettre nos qualités en commun et avancer ensemble parce qu’en plus d’être très efficace, c’est vraiment agréable pour tout le monde. Voilà encore quelque chose qui me semble beaucoup plus cohérent !

Les points suivants parlent d’ailleurs de cette coopération en parlant de la motivation et de la bienveillance. En général, on parle plus de la motivation du chien, oui, pour qu’il coopère il faudra le motiver, mais si vous n’êtes vous-même pas motivé, c’est l’échec garanti ! Autant ne même pas essayer. C’est le genre de moment où il faut vraiment prendre du recul et se demander pourquoi éduquer ? Comment faire pour s’en passer (car oui, on peut s’en passer assez largement !) ? Ou alors, il faudra trouver des intérêts, des points de motivation, des choses que vous pourriez apprécier dans cet exercice. Et pourquoi faut-il être bienveillant ? J’aurais pu mettre le mot empathe ou compréhensif. On ne coopère pas avec un individu qu’on déteste, qu’on ne supporte pas, qu’on ne comprend pas ou alors on coopère mal et il ne faut pas s’étonner si ça ne marche pas ou si le résultat est bancal. Cette bienveillance elle doit être autant appliquée aux chiens qu’aux humains et donc, à vous-même. On a tous des défauts, personne n’est parfait, c’est ok, mais on peut s’améliorer. Si vous n’avez plus envie de vous regarder dans une glace après une séance d’éducation, c’est qu’il y a vraiment une grosse remise en question à faire et de la même manière si votre chien n’a plus envie de s’approcher, si quand la séance arrive il n’a pas envie de participer, il y a vraiment une grosse remise en question à faire.

L’éducation doit être un moment de joie. Sinon, autant s’en passer !

Les trois derniers points que j’ai noté sont, eux-aussi, liés. Il va falloir s’adapter, alors attention, souvent, les personnes qui parlent de s’adapter parlent de quitter l’éducation positive pour s’adapter à un loulou qui ne semble pas vouloir coopérer et à qui, on va faire la guerre. Mais s’adapter, ce n’est pas ça ou ce n’est pas forcément ça, je ne vous pousserai jamais à déclarer la guerre à un chien. Lorsque l’on a devant soi un petit chiot, tout dynamique, pleins de joie et d’envies de faire un truc avec l’humain, on peut choisir des méthodes et des exercices précis. Par exemple, on va lui apprendre les règles de bases de la politesse (faire la fête en restant au sol, mettre les dents plutôt sur des jouets, attendre avant de prendre la gamelle, …) ou encore des choses autour de la sécurité (le suivi naturel, le rappel, le medical training …) et pour ça on va utiliser assez souvent du leurre et petit à petit, on va peut-être aller jusqu’à construire du shaping au clicker. Lorsque le chien s’avère être un loulou traumatisé qui a peur de l’humain, un loulou sourd ou aveugle, un loulou réactif qui ne veut pas que vous vous approchiez : il va falloir choisir d’autres méthodes et / ou d’autres exercices tout en restant dans la coopération. Par exemple, je ne vais pas utiliser un clicker qui produit un son avec un chien sourd. Ca ne peut pas fonctionner, mais je pourrais utiliser un signal lumineux. Je viens de changer d’outils sans pour autant changer foncièrement de méthodes. Avec le loulou réactif, je vais peut-être plus aller vers de la capture et des associations positives, comme avec le loulou traumatisé. Pour ces deux chiens, je n’intègrerai sans doute pas le shaping et le clicker avant un certain temps, si jamais je trouve pertinent de le faire un jour.

S’adapter c’est donc prendre en compte l’individualité de ce chien, ses facilités, ses difficultés, ses compétences, c’est également prendre en compte l’environnement avec les défis qu’il propose et les solutions qui l’accompagnent et c’est aussi prendre en compte ses propres compétences. Vous n’êtes peut-être pas apte à vous approcher d’un chien traumatisé, même si c’est tentant et même si vous voulez faire une bonne action. Peut-être que cela demande des compétences que vous n’avez pas encore (mais que vous pouvez sans doute acquérir !). Une fois ce bilan fait, on peut affiner les méthodes que l’on va choisir, tout en restant dans cette idée de respect du chien (et de l’humain) et donc en restant dans la coopération.

Mais pour pouvoir s’adapter il faut être capable de se remettre en question, il faut être capable de se dire : là ça ne marche pas ou là, on pourrait peut-être améliorer des choses ou encore : je n’ai pas les compétences nécessaires pour faire les choses bien. La remise en question, n’est jamais évidente, mais il y aura toujours des chiens pour vous secouer. Vous êtes le meilleur éducateur de tous les temps ? Un jour ou l’autre, un chien ne comprendra pas. Un jour ou l’autre un chien ne sera pas sensible à ce que vous proposez. Un jour ou l’autre un chien aura besoin d’autres choses. Un jour ou l’autre, un chien vous mettra dans le doute. Et ce sera ce chien qui vous apportera le plus de chose. Ce sera ce chien si compliqué qui vous fera progresser réellement.

Et avec ce loulou qui ne vous permettra pas juste de dérouler une routine, il va falloir peut-être faire preuve d’imagination. C’est souvent la chose la plus difficile en éducation : trouver le point de départ, trouver ce qui motive le chien, trouver le premier pas que l’on peut faire, … et pour ça, il va vous falloir une sacrée qualité : de l’imagination. Il va falloir accepter de réfléchir réellement, de retourner ce petit problème dans tout les sens jusqu’à trouver un accès, une solution, quelque chose.

L’éducation canine est une chose passionnante mais elle est aussi très exigeante. Votre chien ou les autres vous demanderont d’être pédagogue, il faudra apprendre à transmettre et surtout, surtout, il faudra apprendre à jouer en équipe. Ca ne devrait jamais être un duel. Vous pouvez acquérir les compétences pour devenir un super éducateur, un super transmetteur de savoir, un sujet coach, … Vous le pouvez, on le peut tous, mais pour ça, on doit tous bosser sur ses qualités que ce soit pour s’améliorer ou au moins pour avoir conscience de celles qui nous font défauts.

Et au bout du compte, amusons-nous.