Les méthodes d’éducation positive demandent génér…
Les méthodes d’éducation positive demandent généralement un cadre particulier pour être mises en place. Par exemple on ne va pas tenter d’apprendre un « assis » ou un « couché » ou un trick quelconque dans un environnement très stimulant parce que nous avons besoin de la concentration du chien pour faire cet apprentissage. Comme nous travaillons en partenariat avec le chien il faut qu’il soit réellement concentré sur l’activité que nous proposons. Globalement, on travaillera toujours dans un cadre qui permet au chien d’être maître de ses propres émotions. Ceci est tout aussi vrai pour un apprentissage plus complexe comme les apprentissages autour des auto-contrôles ou pour de la rééducation.

Généralement, en plus de cette ambiance zen, il faut éviter de mettre le chien en échec. Cela veut dire que l’on va se fixer un objectif raisonnable et atteignable facilement, quitte à diviser l’apprentissage en plusieurs séances. Par exemple pour apprendre le rappel, nous pouvons commencer dans le salon à quelques centimètres de distance seulement. Il y aura une multitude de séances avant d’utiliser réellement le rappel dans des situations où on en a besoin. On évitera donc de mettre le chien en échec en le rappelant trop tôt dans un environnement difficile.

aide apprentissage

Mais il n’y a pas que dans les apprentissages « courants » que l’on évite de mettre le chien en échec, pour les problèmes de comportement, l’éducation positive travaille vraiment en anticipation (avant le problème ou en amont du problème) sans jamais chercher à le provoquer. En effet, à chaque fois que le problème se produit il y a un peu plus de risque qu’il se reproduise. Cela vient du fait qu’en adoptant un comportement problématique à nos yeux, le chien risque de son côté de le trouver efficace ou intéressant ce qui augmente donc les chances qu’il recommence… Il est alors très intéressant d’apprendre à anticiper pour éviter que le chien ne re-valide ce comportement.

Ceci étant dit, ces conditions minimales pour éviter la mise en échec, elles sont parfois impossibles à réunir ce qui peut nous amener à des situations difficiles à démêler. Imaginez, un chien qui paniquerait dès qu’il met la patte dehors. Comment faire ? On pourrait dire que l’on commence par travailler depuis l’intérieur, que l’on fait en sorte que le chien soit à l’aise avec la porte entrouverte, puis ouverte, puis à l’aise quand il regarde l’extérieur en capturant ces comportements, en faisant du renforcement positif. C’est un exemple très grossier, avec une des nombreuses solutions potentielles, mais il va me permettre de bien mettre le doigt sur la problématique dont j’aimerai vous parler aujourd’hui.

On a déjà une possibilité pour travailler ce chien, en positif, en y allant progressivement, sans lui faire vivre un enfer. Ca veut dire que c’est possible. Seulement voilà, la personne qui a ce chien, elle a des contraintes. Il y a des contraintes sur lesquelles on pourrait dire qu’elle peut prendre sur elle comme : où est-ce que ce chien fait ses besoins ? Mais elle peut avoir des contraintes contre lesquelles elle ne peut rien, des moments où elle est forcée de sortir ce chien par exemple pour l’amener au vétérinaire parce qu’elle ne trouve aucun vétérinaire acceptant de se déplacer à domicile. Elle est coincée. Ou parce que des ouvriers viennent sur place pour des travaux et demandent que le chien ne soit pas présent ! Peu importe, elle se retrouve coincée.

Quand elle le sort, elle le traumatise, involontairement, ou en tout cas elle provoque un stress très important qui fait régresser ce chien. Par exemple si au cours de son travail en éducation positive elle a réussi à ce que le chien accepte de sortir et d’aller sur la pelouse à deux mètres de la porte, après une sortie obligatoire, le chien pourrait régresser jusqu’à refuser de ré-approcher la porte… Si ça doit arriver souvent pour une raison X ou Y, alors elle peut se retrouver dans une situation où ses progrès deviennent de plus en plus lents, voire une situation où elle n’observe plus de progrès et parfois même une situation où les choses empirent. Alors, comment peut-on concilier une méthode progressive avec la réalité des situations qui parfois ne permettent pas d’y aller progressivement ?

Le chien ne supporte pas du tout de sortir, oui, mais on est coincé et il doit sortir.
Le chien ne supporte pas du tout la solitude, oui, mais on est coincé et on doit le laisser seul.
Le chien ne supporte pas du tout ses congénères, oui, mais un chien en liberté arrive…
Le chien ne supporte pas du tout… , oui, mais c’est en train d’arriver sans qu’on n’y puisse rien.

Alors là, on pourrait déjà s’entendre sur le fait qu’en réalité on peut faire beaucoup de choses si on le veut et un « je n’ai pas le choix » est peut-être plus souvent un « je n’ai pas envie de m’embêter ». C’est très important de prendre du recul et de se poser la question est-ce que ce que je lui impose en vaut la peine ? Est-ce que je n’aurais pas pu faire plus d’effort ou faire différemment ?

Il ne supporte pas la solitude ? On peut trouver des dogsitters ou s’arranger pour ne jamais laisser son chien seul. Il refuse de sortir ? On peut s’arranger pour que les vétérinaires viennent à la maison. On peut faire énormément de choses… mais parfois cela demande des moyens financiers ou humains que l’on n’a juste pas. Parfois, le maximum que l’on peut fournir ne couvre pas tout à fait l’énorme complexité de situations qui peuvent se présenter et c’est dans ces situations là que l’on peut envisager mettre en place un « bac à sable de jeu vidéo ».

Avant d’expliquer exactement ce dont il s’agit, une petite mise en garde. Ce que je vais appeler « bac à sable » n’est pas là pour faire n’importe quoi à côté, dans tous les cas : il faut éviter l’immersion, éviter de mettre le chien en échec et faire le maximum de ce que l’on peut. Pour les cas de travail du comportement, il est important d’être encadré par un professionnel et vous pouvez tout simplement lui proposer cet article pour lui demander si c’est applicable à votre situation. Ce n’est pas quelque chose à généraliser ou à utiliser à tort et à travers à mon sens et je ne le présente pas ici pour qu’il soit utilisé abusivement alors je ne peux que vous inviter à faire un véritable travail pour lister les autres possibilités pour éviter les situations problématiques… avec un peu d’imagination et de débrouillardise, on peut parfois faire des miracles !

Ceci étant dit, j’ai appelé cette technique le « bac à sable » en pensant aux jeux vidéos qui proposent des niveaux « sans ennemi », « sans gestion de la faim / soif », avec un personnage qui devient « immortel » et qui peut « tout faire »… Parce que quelque part, c’est ce qu’il va se passer. On va construire un cadre de « bac à sable ».

Cette technique se base sur les compétences du chien à faire la différence entre deux contextes, deux situations, deux éléments similaires. L’exemple le plus commun va être : mon chien aboie quand il entend sonner à la porte mais pas quand il entend la sonnerie du four ou du micro-onde. Les sonneries sont similaires, l’effet provoqué est différent parce que le chien y a associé des choses différentes.

tecnique bac a sble

A partir de là l’idée est toute bête, si nous ne pouvons pas avoir un cadre idéal d’apprentissage pour des raisons de contraintes impossibles à éviter, alors nous pourrions faire deux apprentissages différents. Envisageons que notre chien refuse de sortir et on n’a juste pas le choix, il faut sortir donc nous sortons, le cœur lourd, en tentant de minimiser les dégâts mais parfois on est juste coincé… mais au lieu de sortir par la porte que l’on utilise pour apprendre à être en confiance avec l’extérieur, on va sortir par une porte secondaire ou par le garage… ou par une fenêtre. On va utiliser un équipement spécifique, différent de l’équipement de balades qu’il apprend à son rythme. On va créer une situation aussi différente que possible de notre cadre de travail. Le but devrait toujours être que le chien ne marque pas du tout, qu’il ne soit pas du tout traumatisé par cette expérience mais s’il est traumatisé malgré tout, en dépit de tous nos efforts, cela ne doit pas « contaminer » notre travail en cours.

Pour obtenir cela, nous devons donc simplement organiser deux cadres très différents et faire en sorte que les différences soient particulièrement visibles pour le chien. Voici un exemple avec un chien qui refuserait de sortir :

Cadre de travail pour que le chien évolueCadre des sorties obligatoires
Travail autour d’une porte préciseSortie par un autre accès
Travail autour d’un harnais précisSortie avec un autre équipement
Récompense des progrèsOpen-bar, si le chien demande il a des friandises
Près de la porteAilleurs


Pour chaque élément, que ce soit nos vêtements pour sortir, notre équipement, …, toute nos petites habitudes, tout ça devrait être différent. Voici un autre exemple avec un problème de solitude :

Cadre de travail pour que le chien évolueCadre des absences obligatoires
Absence de très courte durée (en secondes)Absence la plus courte possible
Absence dans la future pièce d’absenceAbsence dans une autre pièce
Retour avant les premiers pleurs / …Retour dès que possible
Equipement enrichissant qui varieAutre équipement / autre conception
Protocole de départ (dire au revoir / ignorer / …)Autre protocole de départ


Cela veut dire qu’à terme le chien différenciera deux styles de sorties ou deux styles de solitudes ou deux styles de balades ou … de la même manière qu’il différencie les deux sonneries. A nouveau, le but n’est pas de mettre le chien en difficulté ou de se permettre des choses traumatisantes ! Cela va forcément avoir un impact sur le chien, on cherche seulement à le minimiser au maximum pour la suite. Mais dans tout les cas le mieux reste de mettre le chien en sécurité et d’éviter de le soumettre à des stress ou à des situations qu’il ne désire pas !

Une fois que nous avons nos deux situations bien séparées, les progrès effectués dans notre « bac à sable » où nous contrôlons tout, deviennent moins sensibles à ce qu’il se passe ailleurs. Ca veut dire que si on est forcé de sortir le chien qui panique dehors, il va stresser, son stress va avoir des conséquences déplorables et vraiment problématiques… mais il n’aura pas associé cette sortie avec le travail sur la porte. Si la distinction est correctement faites, il n’aura pas de raisons de refuser de s’approcher de la porte ou de cette partie de la maison car cette porte ne signifie pas que l’on sort « pour de vrai », elle signifie que le chien décide ce qu’il veut tenter et qu’il reçoit plein de trucs cools…

N’oublions pas de garder en tête notre objectif final : à terme, lorsque l’apprentissage dans le « bac à sable » est parfait (à nos yeux), nous pouvons l’utiliser réellement. Quand ce loulou qui ne veut pas sortir sera à l’aise pour promener de partout en passant par la porte que l’on emploie dans le bac à sable, quand il n’y aura plus de problèmes avec les sorties, on pourra l’employer pour toutes les sorties, même celles qui ne sont pas agréables ou demandées par le chien. Quand cet autre loulou qui ne supporte pas du tout la solitude n’aura plus aucun soucis pour rester dans l’espace prévue pour la solitude de « bac à sable » où on est toujours rentré avant qu’il ne panique, où il a toujours eu de bonnes expériences, alors on pourra l’utiliser sur des durées telles qu’elles engloberont nos véritables absences.

Prenons un exemple moins grave (et du coup, moins intéressant). Nous travaillons le refus d’appât ou le rappel ou … ce que vous voulez. Il est plus intéressant d’éviter d’utiliser notre apprentissage imparfait en condition réelle où le risque d’échec est important jusqu’à ce que cet apprentissage soit plus fort, qu’il ait les reins plus solides. A partir de là, on pourra l’utiliser en permanence, il n’y a que dans le premier temps où on essaye de l’économiser au maximum.

Il a néanmoins un risque réel lorsque l’on part sur ce type de stratégie. La différenciation des deux éléments peut être difficile à faire, voire, pas assez claire et nous pourrions détruire notre bon apprentissage… Mais comme je l’ai répété plusieurs fois, le but du jeu, c’est d’économiser le chien et de limiter au maximum la situation problématique, ce qui réduit ce risque.

Si j’ai choisi d’en parler aujourd’hui c’est réellement pour les situations dramatiques où même des professionnels peuvent avoir du mal à trouver une stratégie parce que le réel nous rattrape. Je pense aux soucis de solitude, aux problèmes de peurs mais également aux situations de réactivités.

Pour de la réactivité nous pourrions par exemple choisir un équipement, des mots, voire des lieux précis où travailler avec des complices afin de maîtriser un maximum de choses. Et les rencontres accidentelles seront tout simplement gérées autrement. Cela demande d’accepter d’être patient et de ne pas essayer d’utiliser un nouvel outil avant qu’il ne soit assez costaud (au risque de le briser !)… Il ne faut pas se précipiter.

Cette idée nous rappelle également qu’en changeant de contexte on peut reprendre des apprentissages qui nous semblent compliqués à mettre en œuvre, à zéro, sans aucune difficulté ! Vous n’avez peut-être jamais réussi à travailler l’absence, la solitude ou .. la marche en laisse, mais en inventant un nouveau contexte, on peut reprendre ce même apprentissage sans aucun problème. Et il est plus intéressant de repartir de zéro que de travailler sur quelque chose qui a braqué le chien.

Si c’est quelque chose qui vous intéresse… il n’y a plus qu’à commencer par observer tous les petits indices qui entourent une situation précise afin de trouver plusieurs pistes de protocoles aussi différents les uns les autres que possibles.
Mathias Favre
Mathias Favre
Super intéressant comme article ! Je m’étais déjà fait la réflexion que d’avoir un chien avec de gros problèmes bien ancrés devaient être vraiment compliqué à gérer. Surtout pour travailler sur la source de chaque traumatisme. Comme vous l’expliquez, le bac à sable serait une méthode pour « recommencer à zéro », qui pourrait être une solution si elle est bien utilisée. Merci pour cet article :)
lamhe76
lamhe76
Bonjour Céline Cet article que je n'avais pas vu tombe à point nommé. Ma golden retriever qui a 1 an et demi est malade depuis qu'elle est née. Et particulièrement depuis 5 mois maintenant elle est très fatiguée. Elle dort énormément. Elle a eu une lepto qui a été traitée mais qui a eu un impact sur ses reins. Elle a également eu un problème immunitaire transitoire qui a pu nous permettre de trouver le coupable de cette défaillance : ses reins. Actuellement nous sommes en attente de résultats d'histopathologie. Depuis mi-juillet environ, j'ai remarqué qu'elle commençait à être de moins en moins à l'aise sur le parcours que l'on fait régulièrement pour les besoins, cela s'est aggravé à tel point que nous avons été obligé de faire demi tour à plusieurs reprises et qu'elle est trop effrayée pour faire ses besoins. Je précise qu'il n'y a pas eu de traumatisme mais qu'elle avait passé quasiment une bonne semaine très active sans ma présence. J'ai donc fait le choix de ne l'emmener que dans des endroits où elle se sent bien en voiture. Je travaille également beaucoup la connexion de façon à ce qu'elle comprenne bien que je suis sa référente et qu'elle peut compter sur moi. Seulement, parfois, ça n'est pas possible, une urgence, un impératif peuvent nous tomber dessus. L'idée de contextualiser avec des vêtements différents, un harnais différent est bonne. Mais par contre avez-vous d'autres idées parce que ce sont les seules choses que je peux mettre en place ? Je vous remercie par avance Hélène (pour info, je suis en formation au CBEAF, évidemment, je travaille sur ce problème avec Pat et Sandrine mais à plusieurs cerveaux, on peut avoir plus d'idées)