Je n'aime pas parler des horreurs, jusqu'à présen…
Je n'aime pas parler des horreurs, jusqu'à présent, sur Hund.fr, vous avez vu très peu d'articles sensationnels, racontant les malheurs d'un animal. Vous jeter la maltraitance à la figure n'a jamais été un but pour moi parce que je crois sincèrement que ça n'améliore rien au final. Choquer, c'est bien pour faire de l'audience, mais pour aider les animaux sur le long terme ? J'en doute.

Avant de débuter j'aimerai clarifier un peu mon propos. Dans cet article mon soucis est un soucis lié à la visibilité des souffrances, aux moyens financiers et humains engagés pour y répondre et à leur influence sur le long terme. Mon regard est presque celui de la rentabilité. Avec cette somme d'argent, de moyen (locomotion, famille d'accueil, toit, ...), de personnes, est-ce que nous faisons autant que nous pourrions faire avec une autre organisation, un autre choix de priorité ? Je ne vise personne en particulier car c'est l'effet de masse qui m'inquiète davantage. Le fait d'aider est toujours, toujours, toujours louable, par contre, la question de "sur quoi on met le projecteur ?" est plus embêtante.

Au cours d'un débat, j'ai été très triste de m’apercevoir de la mode autour de la souffrance. Allez voir les chiens roumains ! Et les Galgos, on en parle des Galgos ? ... Certes, la situation des chiens en Roumanie ou des lévriers en Espagne, ça fait peine à voir et voilà déjà des dizaines et des dizaines de chiens qui sont rapatriés en France. Le malheur fait parler de lui, les bonnes âmes injectent de l'argent pour avoir l'impression d'agir, ceux qui peuvent adoptent et tout ce petit monde parle du malheur de ces chiens. C'est l'effet boule de neige, la question revient régulièrement.

Est-ce qu'il y a moins de souffrance dans ces pays après tout ça ? Pas forcément, il y a des naissances et de nouveaux chiens qui souffrent. Je crois que j'entends parler des Galgos depuis que j'ai mis un doigt dans la protection animale et peut-être même avant. L'une de mes toutes premières actions a été de tenter de devenir famille d'accueil pour une association sortant les chiens d'Espagne, ça ne s'est finalement pas fait, mais j'étais une grande débutante et j'étais déjà sensibilisée à ce drame ! Depuis, la situation a-t-elle évoluée ? Je ne crois pas. J'espère, mais je ne crois pas. J'ai l'impression qu'au final, on ne fait qu’écoper à la petite cuillère là où il aurait fallu reboucher un trou. La constitution de refuges ou d'associations permanent(e)s sur place est déjà un effort plus intéressant sur le long terme, sinon, le navire coule toujours. Pire, on ne s'intéresse pas aux trous en formation à travers le monde, juste à l'eau qui rentre. Mais ça, c'est le cas à peu près de partout en matière de protection animale, on ne réfléchit pas à la problématique sur le long terme, c'est peut-être juste trop grand.

Donc on écope à la petite cuillère une inondation de malheurs en se laissant porter au grès des annonces, au grès de nos chocs. Alors bien-sûr, en étant guidé uniquement par l'émotion, il y a un effet de mode bien sinistre. On se jette sur le dernier malheur le plus croustillant. Je crois que c'est cette situation, plus que tout le reste qui me rend triste. C'est humiliant. Un peu comme si on ne pouvait pas avoir conscience des situations de façon un peu plus globale. Est-ce que le malheur des chiens roumains s'arrête à la frontière ? Est-ce que de l'autre côté de la frontière, c'est différent ? Ou est-ce que c'est pareil, voire même pire mais qu'ils n'ont plus la bonne étiquette ("roumain") pour se faire aider ? Je n'ai parlé que de deux pays, on pourrait en citer un paquet d'autres. En fonction des années, ils seront mis sur le devant de la scène ou éclipsés, oubliés, effacés, sans pour autant que la situation change.

Et la France ? C'est tout bon en France ? On a plus besoin d'écoper, de colmater les fuites ou de prévenir des prochaines ? Le travail de la Protection Animale est-il fini dans ce pays ? Le chien qui meurt en France a simplement l'air de perdre dans ce bal de popularité immonde. En France, les refuges, ce sont des colonies de vacances rétorque une personne, peut-être plus pour choquer qu'autre chose ou peut-être pour mettre en relief le malheurs des autres. En attendant, dans ces "colonies de vacances", les corps s’empilent alors qu'une propagande étrange se met en place : les euthanasies ? Non, y'a pas d'euthanasie en refuge. Mon chéri s'insurgera à raison en me lisant : l'euthanasie c'est pas ça ! Ça, c'est des meurtres. Il aura raison comme toujours.

Et puis ... Il y a toutes ces horreurs qui n'ont pas bonne presse. On parle du sort des Beagles qui sortent de laboratoire ? Combien d'association pour se battre pour eux ? Pour rappeler qu'ils existent ? Pour réclamer les chiffres, les statistiques dressées sur leurs souffrances ? Chut. Ce n'est pas grave. On parle des refuges mouroirs que les services vétérinaires contrôlent et font fermer tout en sachant qu'ils rouvriront ? On parle du business autour du malheur ? Chut. Ce n'est pas grave. On parle de ces gens qui ont besoin d'aide et à qui on ferme la porte parce qu'ils ont un chien ? On parle de cette demande d'abandon implicite pour avoir le droit de se faire aider ? On parle du fait que ce soit illégal pour les associations d'aider dans ce type de situation pour cause de "concurrence déloyale" aux pensions ? Chut. Ce n'est pas grave. Regardez là-bas, dans ce pays que vous ne connaissez pas, loin des routes sur lesquelles vous allez passer pour vous rendre en vacances, là-bas c'est la souffrance, juste là bas, regardez, concentrez vous et surtout oubliez les autres. Eux, ils gagnent. On a trouvé le roi et la reine du bal des horreurs, ils seront peut-être détrônés l'an prochain, peut-être avant. Après tout, la mode tourne vite. Qui parle encore de la situation en Asie si ce n'est pour faire des clichés racistes ? Ne vous inquiétez pas, ça reviendra.

Alors quoi ? On continue à se gaver de souffrances et à mettre en place des systèmes inutiles à grande échelle ? C'est ça le grand projet ? C'est ça, le truc souhaitable ?

Pour ma part le choix est fait. Écoper, je veux bien, mais c'est sans fin. Je préfère la prévention, la prévention et encore la prévention. Je préfère parler des choses sur lesquelles on peut avoir un effet durable : les statistiques autour des morsures, si souvent liées aux abandons et aux euthanasies, ça, on peut y faire quelque chose. Alors si je dois faire la presse de quelqu'un dans ce bal immonde qui intéresse tout le monde visiblement, ce sera pour les Beagles de laboratoire, pour les rats et les souris qui connaissent la même utilisation, sans oublier les autres espèces domestiques. Même sans arrêter ce type d'utilisation, ce qui serait l'idéal nous sommes d'accord, simplement donner les moyens et l'obligation aux laboratoires de les replacer dans de bonnes conditions, ce serait une bonne chose. Car oui, il y en a pleins, des individus, qui finissent par être tués sans même que l'on ne réfléchissent à une solution pour leurs vies alors que ce serait possible ! Ils ne sont pas malades. Ils ne ramènent aucun danger de ces obscurs laboratoires. Parfois ce sont des "surplus de stock" ... Ce sont des animaux qui peuvent s'en extirper, mais ils ne sont pas assez intéressants pour mériter le regard des associations (elles sont si peu nombreuses !). Ils ne sont pas assez intéressant pour mériter une place dans nos maisons. Il faut croire qu'ils ne sont même pas assez intéressants pour parler d'eux. Alors ils meurent. Là, juste à côté de chez nous. Chut. Chut ? CHUT !? Vraiment ? Condamnés par le silence tout ces animaux, c'est ça, la protection animale ? C'est à un bal de popularité qu'est censé ressembler la protection animale ? C'est ça, l'image que l'on veut renvoyer ? Chut. Vraiment, n'en parlons pas. Ou à nos risques et périls, au risque de se faire lyncher comme si on était indifférent au roi et à la reine du moment, comme si, on avait pas de cœur pour tout ces animaux en réalité. Nous voilà d'un seul coup devenu monstrueux et terrifiants. Il faut apprendre la leçon : on a pas le droit de remettre en cause les bons sentiments et la façon dont ils sont distribués. Chut, n'en parlez pas.

Vous savez le pire ? Je ne connais pas l'étendue des horreurs en France. Il y a sans doute des tas de souffrances, d'horreurs, d'euthanasies, ... J'ai mis des années avant d'entendre parler des sorties de laboratoires et ce n'était pas pour des chiens mais pour des rats domestiques. Pour eux, la situation d'indifférence est terrifiante, on parle de tellement d'animaux, tellement que je ne désire même pas l'envisager, je ne veux pas imaginer ce que leurs nombres représente. Je ne suis pas sûre de vouloir connaître toute cette horreur. Je n'ai pas envie de me rouler dedans pour ensuite m'écrier : c'est caca, seulement, à ne pas les connaître, on ne fait rien. Est-ce qu'il n'y a rien à faire pour eux ? Oh non, il y a tellement à faire, c'est juste qu'on pense à autre chose. C'est juste qu'on suit les modes. Qui est là pour parler de la difficulté à trouver des familles pour sortir les chiens de fourrière ? Ils risquent la mort. Un certain nombre d'entre eux ne sortent tout simplement pas. Ils meurent. Qui est là pour parler des très gros élevages qui euthanasient les retraités sans plus de remord que ça ? Eux, on rechigne même à les aider, à leur proposer des solutions, on n'a pas envie ... mais faute de les faire fermer, est-ce qu'écoper n'est pas le propre de la protection animale ? Il faut croire que ce n'est pas assez glamour, alors, eux aussi ils meurent. Ils meurent et tout ce que la "masse" leur répond, c'est cette froide indifférence.

Alors oui, chut, silence, ne partagez pas, n'en parlez pas, oubliez mes mots, oubliez les autres mots qui tentent de percer le brouhaha ambiant, reprenons le cours normal des choses. Au faites, t'as vu la situation en Roumanie ? Que pensez-vous d'adopter un chien roumain ? Tu as entendu parler des Galgos d'Espagne ? Eh t'as vu ce super joli sauvetage, de ce chiot trop mignon sur qui tout le monde craque ? Ouais, tout va bien, retournons à nos habitudes et puis, ce sont de bonnes actions, c'est tout ce qui compte. Et puis prenons garde, si on en parlait, on pourrait encore faire un effet de mode qui éclipserait tout le reste ... et voilà qui ne serait pas plus souhaitable. Parce qu'au fond, je ne suis peut-être pas la seule à ne pas avoir envie d'envisager l'horreur dans son ensemble ? C'est rassurant de penser qu'elle est loin, qu'elle est identifiée clairement, qu'on est entrain d'agir dessus. Chut. Chut. Là, elle est juste là et on s'en occupe tout va bien. Chut. Ne parlez pas du reste. Tout va bien ... Elle est là ... On s'en occupe ...
Moune

Moune

Tu as eu raison de ressortir cet article du tiroir ! Merci Céline.