C’est honteux. C’est humiliant. C’est pas naturel…
C’est honteux. C’est humiliant. C’est pas naturel. Ca reviendrait à punir mon chien. Le pauvre. Je ne veux pas lui dire qu’il est méchant. Mettre une muselière à mon chien ? Jamais.

Si vous discutez de la muselière autour de vous, vous aurez sans doute un florilège d’appréhension, d’incompréhension, d’idées reçues variées. Si vous conseillez la muselière pour un chien, vous pourrez faire face à une franche hostilité. Après tout cette personne aime sans doute son chien et elle ne l’a sans doute jamais imaginé en muselière. C’est inconcevable. Enfiler une muselière à son chien, ça peut être vécu comme un énorme échec et ça peut faire peur. Si on la lui met, on ne la lui retirera plus après tout … Sauf que ça aussi, c’est faux.

La muselière souffre d’un problème d’image à tel point que certains conseillent de l’attacher autour du cou des chiens pour éviter qu’ils ne se fassent caresser par tout le monde. Je pense que cette peur de la muselière, elle nous vient d’un oubli. Nous oublions que les chiens peuvent mordre. Ils peuvent tous mordre. Le chien sympa avec qui vous randonnez, le chien qui s’ennuie dans son jardin, le chien battu, le chien oublié dans un chenil jusqu’à ce que la saison de la chasse reprenne, … Ils peuvent tous mordre. Les vieux, les jeunes, les petits, les gros et tout ceux qui se trouvent dans l’intervalle. Tous. Votre chien, si vous en avez un, peut mordre. La seule condition, c’est d’avoir des dents et une mâchoire relativement fonctionnelle … Paradoxalement, la muselière, en empêchant les risques de morsures, nous rappelle qu’elles peuvent avoir lieu.

Histoire de dédiaboliser un peu tout ça, notons quelques arguments en faveur de la muselière :
  • il est possible de choisir un modèle confortable pour le chien. Il pourra boire, il pourra manger des friandises et / ou des croquettes par exemple, il pourra haleter pour réguler sa température, il pourra également montrer un certain nombre de signaux de communication faciaux. Notons que sa communication ne passe pas que par le bout du museau, mais qu’il y a un ensemble de signes qui concernent le corps entier. La muselière est donc un frein très léger à la communication.
  • il est possible d’apprendre à porter la muselière en positif, le chien l’enfile volontairement. On apprend autant à la porter sur le cou, qu’à mettre le museau dedans. C’est un apprentissage similaire à l’apprentissage du port d’un collier ou d’un harnais (ou d’un manteau).
  • les chiens qui portent la muselière ont des profils variés. Ça ne veut pas dire que les autres y penseront en voyant votre chien muselé, mais il y a un regard que l’on peut tous changer : le sien. C’est le premier pas vers une meilleure acceptation. Alors qui peut porter une muselière ? Un chien qui a peur, un chien qui cherche à immobiliser le mouvement, un chien qui ne supporte pas les autres chiens, un chien réactif, un chien qui a mal, un chien qui mange tout ce qui traine au point que ce soit maladif, un chien qui attaque les hérissons pour la sortie à la tombée de la nuit, un chien qui est soumis à une législation particulière (chien dans les transports en commun, chien catégorisé, …) … Il existe un panel de possibilité très large.
  • il est possible de mettre une muselière pour une période très courte, par exemple un ostéopathe animalier pratiquant une manipulation potentiellement désagréable voire douloureuse peut demander la mise en place d’une muselière pour assurer la sécurité de tout le monde et la muselière est retirée dès que la manipulation est terminée.

Nous avons vu quelques points importants sur le profil de ces chiens muselés, les circonstances dans lesquelles ils sont muselés et des points qui concernent le bien-être physique et mental lors de la mise d’une muselière. Tout ça permet de vous dire : il est possible de mettre une muselière à un chien sans lui faire de mal. Ce n’est pas humiliant, ce n’est pas lui mettre une étiquette de « chien méchant », c’est un outil de sécurité pouvant avoir des utilisations variées.

Maintenant, tout n’est pas tout rose non plus. Il y a un certain nombre de choses à savoir, des contre-indications. Essayons d’en voir quelques-unes.
  • la muselière est là comme un filet de sécurité, ce n’est pas pour autant que l’on doit amener le chien à avoir envie de mordre. La muselière est là au cas où mais nous devons faire les choses comme si elle n’était pas réellement là, en respectant au maximum le chien.
  • certaines utilisations de la muselière sont totalement inadaptées, elle doit être mise uniquement en présence de l’humain. Elle n’est donc pas une solution pour empêcher des destructions ou empêcher l’aboiement. Elle ne doit pas non plus être mise pour punir le chien… ce genre de manipulation, souvent brusque, peuvent entrainer des morsures !
  • il ne faut pas oublier la santé, la muselière doit être adaptée à l’activité du chien et elle ne doit pas être portée trop longtemps.

Il y aurait sans doute beaucoup d’autres points à détailler, mais si j’ai écris cet article, c’était moins pour parler de la muselière que du regard que nous portons sur les autres et sur leurs chiens, ce même regard que l’on craint et qui peut nous amener à refuser un équipement de sécurité. Si votre chien risque de mordre et de blesser, si vous êtes angoissé à cause de ça, si votre chien met les autres en danger : la muselière peut être une solution de gestion, temporairement, le temps de trouver les bonnes solutions pour rétablir la sécurité de tous. Rappelez-vous, la sécurité des autres, c’est également la sécurité de votre chien !

En soi, tout nos chiens devraient être préparés au port de la muselière ne serait-ce qu’en préparation pour les soins vétérinaires qui pourront l’exiger en cas de danger. C’est quelque chose d’important.
lamhe76
lamhe76
Merci, merci, merci d'avoir publié cet article pour plusieurs raisons. La première c'est que moi-même j'ai été confrontée au fait de devoir faire porter une muselière à mon chien. II était HSHA et incapable de supporter le moindre contact physique autre que le mien (et encore...) et comme il était atteint d'une malformation cardiaque congénitale qui nécessitait des contrôles échos réguliers, c'était difficile. Bien que je sois ASV depuis plus de 10 ans, j'ai du surpasser ma vision de la muselière, accepter de la mettre à mon chien et accepter le regard des autres... J'ai du faire une "pause" chien après la mort de ce toutou des causes de sa pathologie congénitale, mon prochain chien arrivera 2,5 ans après son décès Pendant ce laps de temps, j'ai longuement et continué à observer les chiens dans ma clinique. J'évolue dans une clinique un peu particulière, l'infirmière se trouvant très souvent seule pour poser un cathéter, anesthésier, faire des soins désagréables (vidange de vessie, prise de température...) seule. Par conséquent, le recours à la muselière est très fréquent. Etre dans une clinique vétérinaire avec tous les bruits/odeurs/absence de son maître/douleur provoque déjà un énorme pic de stress alors y ajouter la muselière... Je n'ai pas le choix, mais je suis malade de l'expérience traumatisante que je fais subir tous les jours à ces toutous. Je pense que le training médical devrait être considéré comme "l'éducation" parce que nos chiens sont de plus en plus médicalisés, nous poussons toujours plus loin et plus fort les examens qui peuvent être de plus en plus invasifs et pour le mieux être de nos chiens malades, l'acceptation de la muselière comme un outil de "moins mal être" serait un bénéfice pour le chien, son maître et les soignants.