Est-ce que ça vous est déjà arrivé de voir un chi…
Est-ce que ça vous est déjà arrivé de voir un chien et de vous dire que clairement c’était un chien de race voire d’une race précise ? Lui c’est un « bouledogue français » et lui c’est un « berger allemand ». Ce que l’on voit, c’est le phénotype.

Malheureusement je ne suis pas une grande spécialiste de la génétique de l’apparence du chien, ni de la génétique en général par ailleurs, alors je vais vous prendre un exemple que je connais un peu mieux pour illustrer la suite de ce propos.

Imaginons que vous alliez chez un ami qui a deux rats de compagnie. Ces rats sont blancs, vous le voyez. C’est le phénotype : ils sont blancs. Maintenant en terme de génétique, si ces rats font des bébés ensembles seront-ils blancs ? Pour le définir, il faut connaitre leurs gènes, mais à priori, nous pourrions parier sur le fait que « oui », après tout, ils sont tous les deux très similaires.

Techniquement on peut prendre des rats de différentes couleurs pour des rats blancs. Ca arrive notamment avec :
  • Les ice (a/a d/d p/p ou a/a d/d m/m p/p)
  • Les platines (a/a d/d r/r)
  • Les ivoires (Be/- c/c)
  • Les champagnes (a/a p/p)
  • Les beiges (a/a r/r)
  • Les husky vieillissant ( ?)
  • Les himalayens (c/ch ou Be/- c/ch ou A/- c/ch ou a/a c/ch m/m ou …)
  • Les albinos (c/c)
Si l’un des deux est albinos, alors vous vous rendrez peut-être compte que l’autre n’est pas tout à fait blanc, mais pas forcément et sinon, c’est potentiellement très dur à voir. Les lettres que j’ai noté entre parenthèse, ce sont les notations des gènes et je n’ai pas trouvé la notation de la dilution du husky qui fait que le rat né coloré et qu’au fur et à mesure de sa vie sa couleur s’estompe. Si à la naissance, il est noir, alors il peut devenir gris clair mais si sa couleur de départ est claire, alors il peut finir totalement blanc.

Donc nous avons deux rats qu’une personne novice ou sans autre référence à côté va penser « blanc » mais une grande variété de gènes potentiels. Si l’un des deux est albinos (c/c) alors il va donner l’un de ses gènes : « c », mais l’albinos a besoin de deux gènes pour s’exprimer. Et il faut savoir que le rat albinos possède une couleur, une couleur inconnue et qui est cachée derrière le fait qu’il soit albinos. Son côté albinos, c’est comme un voile qui vient dissimuler la couleur. Potentiellement, d’un point de vue génétique, ce rat albinos est noir. Chez le rat, il y a deux couleurs de bases : noir et agouti. Donc le rat albinos possède soit une base « noire », soit une base « agoutie », alors ce n’est pas du tout fantaisiste : génétiquement, ce rat blanc peut réellement être noir. Envisageons que l’autre rat soit « platine » très clair, donc : a/a d/d r/r. Deux petits a, ça veut dire « noir / noir », deux petits d ça veut dire « bleu / bleu » et r/r ça veut dire « red / red » soit des yeux rouges. La combinaison de tout ça donne étonnamment un rat particulièrement clair…

Si le premier est albinos (avec une base noire) et le second est « platine » alors leurs petits ne seront pas blancs, en faites ils ne pourront pas l’être à moins qu’il y ait un autre gène, caché, mais ils seront potentiellement noirs, agoutis ou … en fonction de ce que cache l’albinos. Ici, ils pourraient notamment être « bleu » (ce qui correspond à un gris).

phenotype-genotype
Alors s’il y a beaucoup de couleurs avec une potentielle confusion chez une espèce comme le rat, la génétique du chien va venir toucher à beaucoup de points différents (forme du museau, forme des oreilles, longueurs de pattes, gabarits, musculature, …) et la couleur s’avère assez anecdotique là au milieu. Pourtant dans une vidéo, j’avais proposé un jeu, un petit quizz (ça se trouve à 1h12) :



Dans ce quizz la question est simple, combien de race y’a-t-il à l’écran ? Tous les chiens présentés ont un pedigree… donc ils sont issus d’une sélection, mais ils peuvent présenter des défauts, des choses surprenantes, des couleurs pas prévues, … Car comme on l’a vu précédemment, une sélection c’est un objectif, ce n’est pas forcément notre ligne d’arrivée pour chaque chien donc ce n’est pas surprenant de trouver un bon nombre de chiens qui ne collent pas tout à fait au standard. Et c’est finalement très difficile, en les voyant, d’être sûr du nombre de races concernées parce que nous n’avons que le phénotype sous la main. D’un point de vue génétique, leurs sélections sont différentes et les gènes concernés peuvent être particulièrement différents comme avec nos deux rats blancs. D’un point de vue de sélection comportementale il y a eu des confusions entre des races de groupes d’utilisations différentes, seulement, on a juste une photographie et donc, juste accès à « quoi ils ressemblent ».

Les gènes font l’apparence certes, mais l’apparence ne fait pas les gènes… et s’il est possible de faire des erreurs et des confusions entre des chiens bels et bien sélectionnés, vous imaginez ce que cela donne pour des chiens « typés » ? Ces chiens dont on ne connait rien des gènes mais que l’on imagine pouvoir rentrer dans des cases comme ils avaient été finement sélectionnés… On parle à priori d’un chien sur cinq qui serait issu d’une sélection prouvée par son pedigree en France. La majorité sont donc au mieux ressemblant. Attention, ils ont néanmoins une génétique bien à eux, seulement, on ne la connait pas. Ils sont peut-être aussi issus d’une sélection (volontaire ou non) très rigoureuse, seulement, on ne le sait pas.

Il est très important de comprendre que nous ne voyons qu’une petite partie émergée au-dessus d’un très gros iceberg et que nous devons être prudent avant de parler d’une sélection génétique qui est avant tout potentielle. Pour parler des gènes, il faut réunir des preuves et cela passe souvent par un petit travail d’enquête. Chez mes rats blancs la question va être : ont-ils déjà fait des bébés et si oui, de quelles couleurs ? A partir de la couleur des bébés, nous pouvons déduire des couleurs potentielles chez les parents mais surtout, les gènes potentiels, ceux qu’ils ont dû transmettre. Connait-on leurs parents, leurs grands-parents, etc et si oui, de quelles couleurs étaient-ils ? Car ainsi on aura une chance de déduire les gènes qu’ils ont peut-être reçu. Est-ce qu’ils ont changé de couleur au fil de leur vie ? Ce qui nous permet de nous assurer que l’on n’est pas en présence d’un marquage particulier. En fonction des réponses, nous pourrons prédire avec une exactitude plus ou moins importante la couleur de leurs futurs petits car nous connaîtrons leurs gènes… Chez un chien inconnu, les questions seront finalement assez similaires même en matière de comportement : on cherche à savoir ce que le chien fait actuellement, si ça évolue et dans quel sens ou encore ce que faisait ses parents, ses grands-parents, etc. Lorsque je fais face à un chien qui fait de la prédation sur tout ce qui bouge, chien y comprit et que la mère est pareille et que le père est très prédateur également, oui, je sais qu’il y a une part de génétique tout à fait certaine : mais il y a un petit travail d’enquête avant d’en arriver à cette conclusion. Si jamais les parents n’étaient absolument pas prédateurs, pas plus que les oncles, les tantes, les grands-parents, le reste de la fratrie, … Le comportement devrait continuer de m’interroger et la piste de la génétique reculer. Bien-sûr, les gènes de ce chien lui permettent cette prédation, mais le comportement est beaucoup plus intriguant. Il y a matière à creuser.

Tout cela pour vous dire de ne pas confondre l’apparence et les gènes qui, s’ils sont forcément liés (puisque les gènes codent l’apparence), peuvent être mensongés ou garder énormément de secrets.